dimanche 7 septembre 2008

Des Roms et des cigarettes


Mon fils aîné, qui habite Lyon, a décidé de passer ses deux jours de repos en Ardèche avec moi, je viens de Bretagne et nous nous sommes donné rendez-vous à la gare de Valence où j’arrive avec une heure d’avance. Je trouve une place sur le parking juste en face. Il reste cinquante cinq minutes avant l’arrivée de mon Lyonnais, je décide d’avaler un köfte au kebab du coin et de prendre mon temps.
Sur la placette, une demi-douzaine de jeunes Roms venus probablement des Balkans fait la manche ; je déballe un nouveau paquet de vingt-cinq Lucky Strike, en allume une, tout en me dirigeant vers le kebab ; l’une des adolescentes vient vers moi me tendant son gobelet, je lui indique mon refus avec le sourire, elle me demande alors une cigarette que je lui tends volontiers et que je lui allume à sa demande gestique.
Dévorant mon sandwich turc, à la terrasse du restaurant près de la gare, mes pensées vont bon train, tous mes bagages sont dans la voiture et je doute l’avoir fermée. "Ben oui ma bonne dame, vous connaissez la réputation des Tziganes et des Bohémiens ?" J’ai beau me dire qu’il n’arrivera rien, que ces pensées négatives et collectives, que ces préjugés envers les Roms et les mendiants, que ces "kris(1) gadjés" en somme ne sont pas miens, je ne suis pas tranquille et je retourne sans délai à la voiture avec ma sacoche et mon paquet de cibiches dans les mains, repassant tout près des quêteurs. Surprise, rien n’a bougé, les vitres sont intactes et les portières closes.
Une seconde jeune fille s’avance alors vers moi me demandant un clope, content d’avoir retrouvé toutes mes affaires j’y consens. Je cherche mon paquet dans mes poches, dans ma sacoche, dans mes mains, mes recherches restent vaines et j’explique à la Boiash, ou à l’Arlie, ou bien à la Gurbeti, ou encore à la Lovara, à moins que ce ne soit une Kalderach(2) que je viens de perdre le fabuleux trésor de nos poumons ; je refais l’aller-retour jusqu’au kebab scrutant le sol et je l’aperçois enfin à trois mètres des pieds des quémandeurs qui sont maintenant assis en ligne et qui ne l’ont pas remarqué. Pour eux, il n’est pas pensable qu’un paquet de cigarettes arrive plein à leurs pieds, c’est pour cela qu’ils ne l’ont pas aperçu. La leçon vaut bien cinq cigarettes que je leur distribue avec plaisir.
Ma récompense a été un petit signe de la main et un sourire que les deux jeunes filles m’ont adressé, lorsque je suis reparti avec mon fiston. "Ben oui ma bonne dame, les Roms sont p't êt' ben des Humains ?"
1) Le kris est un tribunal informel rom.
2) Nations des Roms d'Europe de l'Est et des Balkans.
3) A la fin de l’histoire, combien reste-il de cigarettes dans mon paquet ?

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